Feel à vélo. L’économie sociale et écologique en mouvement à Lorient
Feel à vélo. L’économie sociale et écologique en mouvement à Lorient
À l’heure où les centres-villes se transforment et où les enjeux environnementaux redéfinissent les modèles économiques, certaines initiatives locales incarnent concrètement cette transition. À Lorient, Feel à vélo s’impose comme un acteur hybride, à la croisée de la logistique urbaine, de l’insertion professionnelle et de la mobilité durable. Anthony, responsable du développement de l’activité, lève le voile sur les coulisses de cette initiative singulière, son parcours et les ambitions d’un service devenu incontournable sur le territoire.

Une idée née du terrain
L’histoire de Feel à vélo débute dans le sillage d’une dynamique citoyenne. À l’origine, un besoin simple : livrer des paniers de légumes à des personnes ne pouvant se déplacer. Très vite, l’idée s’élargit. Pourquoi ne pas proposer un service de livraison à vélo pour tous, professionnels comme particuliers ?
Recruté en 2016 pour structurer cette activité naissante, Anthony incarne cette génération d’entrepreneurs engagés. Formé à l’aménagement du territoire, il fait ses premiers pas professionnels en collectivité avant de découvrir, sur le terrain, la puissance des projets collectifs. «Partir de rien et construire un service utile», résume-t-il en filigrane. Ce qui le séduit immédiatement, c’est la cohérence du projet. Une initiative à la fois sociale et écologique, capable de répondre à des enjeux très concrets du territoire.
Le « dernier kilomètre », un enjeu stratégique
Au cœur du modèle de Feel à vélo se trouve le dernier kilomètre, souvent considéré comme le maillon le plus coûteux et le plus complexe de la chaîne logistique.
Le principe est simple. Les marchandises arrivent en périphérie via des transporteurs traditionnels, avant d’être prises en charge par l’équipe, qui assure la distribution finale à vélo.
Dans des centres-villes de plus en plus contraints, marqués par la piétonisation, la réduction de la circulation et les difficultés de stationnement, ce mode de transport devient un véritable atout. Plus agile et parfois plus rapide, le vélo permet de fluidifier les livraisons là où les poids lourds rencontrent des limites.
Ce choix s’inscrit également dans une logique environnementale. En réduisant les émissions de CO₂, Feel à vélo participe activement à la transition écologique, tout en répondant aux attentes croissantes des entreprises et des collectivités.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, ses 33 249 livraisons ont fait parcourir 75 000 km à ses 7 coursiers. Plus de 17 tonnes d’émissions de CO2 ont ainsi été évitées.
Une logistique au service de l’humain
La singularité de Feel à vélo ne réside pas uniquement dans son modèle logistique. Elle repose aussi sur une ambition sociale forte : l’insertion par l’activité économique. La structure accueille majoritairement des personnes éloignées de l’emploi. Jeunes en difficulté, personnes sans permis ou en reconversion professionnelle trouvent ici un cadre pour se reconstruire.
Le métier de livreur devient alors un véritable levier d’apprentissage. Il permet d’acquérir de la rigueur, de développer une relation client et de reprendre confiance en soi. « Ce sont des parcours courts, mais déterminants, explique Anthony. L’objectif est de lever les freins à l’emploi et d’accompagner chacun vers la suite». Au-delà de l’activité professionnelle, un accompagnement global est proposé. Il peut concerner la recherche d’emploi, mais aussi des problématiques personnelles comme le logement ou certaines difficultés sociales. Cette approche globale constitue l’une des forces du modèle.
Une activité en pleine évolution
Dix ans après son lancement, Feel à vélo a largement évolué. D’une simple livraison de paniers de légumes, l’activité s’est progressivement structurée et diversifiée.
Aujourd’hui, le service couvre plusieurs types de prestations. Il assure la livraison de colis pour des transporteurs nationaux, la distribution de repas et de courses, la diffusion de magazines, ainsi que la collecte de cartons auprès des commerçants.
Ce dernier service illustre particulièrement la capacité d’adaptation de la structure. Plus de 170 commerçants participent désormais à cette collecte, permettant de récupérer plusieurs tonnes de cartons chaque semaine. Une manière d’étendre la logique du dernier kilomètre vers un premier kilomètre, tout aussi stratégique dans la gestion des flux urbains.
Malgré cette dynamique positive, Feel à vélo évolue dans un environnement fragile. Comme de nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire, elle dépend en partie de financements publics aujourd’hui en tension. «Nous devons trouver un équilibre entre performance économique et mission sociale», souligne Anthony.
Pour faire face à ces défis, plusieurs pistes sont envisagées. La création de hubs logistiques urbains permettrait d’étendre le périmètre d’intervention. L’augmentation des capacités de transport offrirait de nouvelles opportunités. Le développement de partenariats, notamment dans la livraison express, constitue également un axe stratégique. Ces leviers visent à consolider un modèle qui, malgré les contraintes, continue de faire ses preuves sur le terrain.
Une autre façon d’entreprendre
Feel à vélo incarne une vision de l’entrepreneuriat où impact social, utilité territoriale et transition écologique ne s’opposent pas, mais se complètent. Dans un contexte marqué par les transformations urbaines et l’urgence climatique, ce type d’initiative locale apparaît comme une réponse concrète aux défis contemporains.
À Lorient, les vélos de Feel à vélo ne transportent pas seulement des colis. Ils portent une ambition plus large, celle d’une économie plus humaine, plus responsable et résolument tournée vers l’avenir.
A relire







